Arrêtons la cavalerie, passons à la pique…

Carré de piquiersLa fin du Moyen-Age voit émerger une nouvelle catégorie de combattants, qui n’existait (presque) pas à l’époque précédente : des unités d’infanterie entraînées et bien organisées. Elles vont amener une évolution notable dans l’art de la guerre à cette période charnière qu’est le XVème-XVIème siècle. Le chevalier lourdement armé et armuré va trouver en face de lui la seule formation capable de lui résister : une unité d’infanterie armée de longues piques l’empêchant désormais d’approcher… ce sont les fameux carrés de piquiers dont nous avons tous entendu parler au moins une fois.

Le monde de la reconstitution manque encore cruellement de groupes capables de présenter le mode de combat et les formations de ces unités emblématiques des guerres de la renaissance… et pour cause…

Photographie de Jacques Maréchal, Pixures.beLes ancêtres de nos carrés de piquier sont à chercher en Flandres, où pour la première fois la chevalerie occidentale va rencontrer des unités d’infanterie suffisamment entraînées et cohérentes pour leur résister. Cela se passe à la bataille de Courtrai, en 1302, et l’host français va y mordre la poussière.  Ce seront cependant les suisses qui vont donner aux piquiers leurs lettres de noblesse. La confédération helvétique n’est pas, elle non plus, un état féodal. Elle ne va donc pas aligner des armées de cavaliers lourds, dont l’équipement n’est accessible qu’à de riches seigneurs, mais plutôt des milices de citoyens, qui vont devoir apprendre à combattre leurs pénibles voisins à cheval  caparaçonnés de fer.

Le carré suisse est au premier abord assez similaire aux phalanges grecques hellénistiques, mais il y a une différence de taille : il est capable de s’orienter de tous les côtés, de se déplacer de tous les côtés, et de résister à un enveloppement complet en se formant… en carré. et d’attaquer en bon ordre et en se coordonnant avec les carrés voisins. Formé d’un groupe d’une centaine d’hommes, équipés d’une lance d’envirPiquiers hollandais à l'exerciceon 5m au début du XVIème siècle, il doit son efficacité à l’entrainement quotidien de ses soldats.

On comprend dès lors la problématique posée aux reconstituteurs. Le premier obstacle est le nombre : sans parler d’atteindre un effectif de 100 personnes, il faut tout de même être certain d’aligner un nombre conséquent de piquiers, et les groupes capables de réunir une cinquantaine de combattants sont loin d’être légion. Le second est l’équipement, aussi bête que cela puisse paraître : comment transporter une perche de 5m sans véhicule spécial ? Pour finir, le plus terrible obstacle est l’entrainement, sans qui rien n’est possible.

PiquiersPour illustrer ce point, prenons un exemple de formation, la marche au pas vers l’ennemi, la pique quasi verticale appuyée sur l’épaule. Celle ci va dépasser de 4 bons mètres, ce qui entraine un risque bien connu et décrit par tous les manuels de la renaissance. Si la pique part quelque peu en arrière, le bras de levier exercé par la hampe sera tel que le soldat ne pourra pas la retenir… et tombera en arrière, sur son compagnon qui sera a son tour emporté par son arme. Bien vite, toute la rangée se retrouvera par terre, ce qui n’est tout de même pas une façon convenable d’aborder son adversaire.Tire du film capitaine Alatriste

Un autre cas classique est la marche en colonne. Le piquier tient son arme non loin de la pointe, et laisse trainer la hampe derrière, sur près de 4 mètres,  pour limiter le poids porté. Vous visualisez la scène ? Maintenant, surgit un virage serré… Que se passe-t-il ? Doit on sauter par dessus la pique de son voisin, relever son arme, s’arrêter ?

Une seule réponse : s’entrainer, s’entrainer et s’entrainer. Et c’est d’autant plus indispensable qu’il faut Manuel d'entrainement, piquieraussi acquérir la force nécessaire au maniement de l’arme. La garde haute, la pique portée à l’horizontale et à bout de bras, en général réservée à la troisième rangée, est particulièrement épuisante. La chose n’est pas simple, il suffit de voir le résultat d’une manoeuvre exécutée par des militaires professionnels qui s’y sont essayés, à la fin du petit reportage que voici : http://www.youtube.com/watch?v=oo406jm2vF8

Alors, à quand un groupe de piquier et une école d’armes spécialisée en pique ?

 

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