Combattre en armure de plates complète…

corps à corps en plateNous avons tous des images de chevaliers du 15ème ou 16ème siècles, en armure de plate complète, et sans doute déjà entendu ou lu des petites phrases du type « une fois tombés au sol, ils ne pouvaient pas se relever »… Ceux d’entre nous qui ont eu la chance de porter une armure complète en savent quelque chose : c’est lourd, et on bouge difficilement. Oui mais…est-ce si certain ?

Armet_de_joute_HL273ATout d’abord, ne confondons pas les armures de joute du XVIème siècle et les armures destinées au combat au XVème siècle. L’armure de tournoi est beaucoup plus rigide, et ne permet que des mouvements très limités. L’objectif est de permettre au cavalier de résister à l’impact de la lance, pas de faire des roulades… Le bacinet est donc fixé à la cuirasse, comme on le voit nettement sur la photo de notre armer de joute le dos est peu articulé pour protéger les vertèbres, le bras qui tient la lance permet juste de la pointer, mais pas de faire de grands moulinets. Effectivement, celui qui tombe avec cet équipement se trouve à peu près dans la situation d’un équipage de char en panne d’essence et qui tente de le pousser : on ne bouge plus !

Qui ne saute pas...Une vraie armure de guerre est nettement mieux articulée, et permet plus de mobilité. Il est vrai qu’il faut prendre la précaution de porter une armure exactement faite pour soi, sinon on risque fort de trouver des articulations quelque peu désaxées par rapport à celle du porteur, ce qui gêne terriblement le mouvement. En matière de plates, le prêt à porter est à proscrire… Si l’on prend la précaution de s’équiper sur mesure, on s’aperçoit que l’on ne bouge pas si mal que cela… Le musée du Moyen-Age de Cluny, à l’occasion d’une exposition sur les épées, a fait réaliser une vidéo assez évocatrice, montrant à quel point un chevalier en armure pouvait bouger.

Ecole Lémanique d'Arts et d'ActionLe résultat est assez spectaculaire, et nous vous recommandons d’y jeter un coup d’oeil. Certaines des techniques d’escrime expliquées par les traités médiévaux montrent des mouvements assez complexes, exécutés en armure, qui sont reproduit dans cet intéressant film coproduit avec l’université de Genève. Clairement, on peut bouger…

Il y a par contre… un par contre ! Le poids de l’armure est significatif, et ceci d’autant plus qu’il est hors de question de la porter sans gambison, sauf à vouloir être blessé par son armure, et perdre une partie significative de la protection. Le gambison amortit les impacts, et freine également les coups (voir notre article à ce sujet, le gambison, un accessoire indispensable). Bref, en armure de plate complète, le combattant porte entre 20 et 30kg supplémentaires – dont les deux tiers pour l’armure, le reste se répartissant entre ses armes et son gambison.  La conséquence de ce poids est que tous les déplacements vont demander énormément d’énergie au combattant, ce qui va considérablement limiter son endurance, et donc son efficacité.

L’université britannique de Leeds a eu l’idée d’un test original : mesurer effectivement l’impact du port de ce surpoids sur un combattant de l’époque. Évidemment, toute la difficulté était là : trouver un candidat ayant l’habitude de porter l’armure, et accoutumé à son poids. Pour cela, rien de plus facile : l’université a emprunté des animateurs du musée des armureries royales de Leeds, en charge des animations sur les combats médiévaux, et les a fait courir sur un tapis de course !

Le résultat a été sans appel : la dépense énergétique du coureur en armure  est le double de celle d’un homme en tenue normale. Pire encore, le poids et la rigidité de la cuirasse empêche de gonfler la cage thoracique normalement, ce qui limite l’apport en oxygène. Le casque vient également entraver la respiration, rendant la chose toujours plus difficile. Un autre enseignement surprenant est lié à la répartition du poids. On pourrait penser que cela facilite la chose, mais tel n’est pas le cas. En effet, les protections des jambes fatiguent considérablement les chaînes musculaires, qui sont plus conçues pour pousser du poids que tirer vers le haut des charges lourdes. L’étude mentionne même la bataille d’Azincourt, en émettant l’hypothèse que la chevalerie française, ayant du traverser un terrain lourd et boueux à pied, soit arrivée trop épuisée pour combattre…

Alors, un petit jogging en plate dimanche matin ?

 

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