Jugulons les chutes de casques, bien sur !

Tout reconstituteur historique le sait, porter le costume est une chose, vivre au quotidien en tenue et l’utiliser dans des conditions aussi proches que possible de la réalité des campagnes en est une autre.  Et pourtant, la reconstitution, c’est bien cela, mais tout n’est pas forcément pratique à tester… Et dans la famille des essais difficiles à faire, il y a ceux du couvre-chef et de sa jugulaire…

Le combattant porte depuis la plus haute antiquité une protection sur la tête, qui est de loin une partie plutôt exposée et terriblement fragile… Ce casque, qui est souvent la première pièce d’armure que l’on se paye va vite devenir métallique, et le restera jusqu’au 17ème siècle. Il n’y a que dans les films, où les héros courent dans la mêlée tête nue, afin qu’ils soient reconnus des… spectateurs.

Le casque métallique doit être bien ajusté et bien fixé à la tête, par une jugulaire et divers rembourrages. Et oui… car le premier problème auquel un reconstituteur qui teste le combat de choc est confronté est celui du casque qui tourne on tombe sur les yeux. Pas très élégant, et pas très pratique, voire dangereux. Pour le médiéviste qui porte un heaume, un problème de position est tragique, car on ne voit plus rien du tout ! Ca, nous sommes nombreux à avoir testé, et compris…

Avec l’arrivée des armes à feu, la protection perd son intérêt, et le couvre chef devient plus décoratif, voire augmentant de manière spectaculaire la stature du soldat, avec la mitre, puis le bonnet d’ourson et le shako.

Tout le monde connait la silhouette imposante des grenadiers de la Garde Impériale, avec leur haut bonnet d’ourson encore surmonté d’un plumet. Moins de personnes savent que la Garde comptait aussi des grenadiers à cheval, qui étaient équipés d’un équipement similaire à celui des grenadiers à pied, mais qui chargeaient ainsi habillés. Peu de personnes ont testé… mais ceux qui l’on fait savent à quel point la présence d’un couvre-chef haut et imposant, avec une forte prise au vent, est déconcertante pour l’équilibre, et que celui-ci à une forte tendance à vouloir se sauver… Ce point était paraît-il partagé avec les cuirassiers, toujours montrés dans les tableaux héroïques du 19ème siècle chargeant dans leur tenue si caractéristique. Pour autant, les témoignages d’époque nous précisent que là aussi, au bout de quelques semaines de campagne, nombre de cavaliers terminaient sans leur couvre chef. Il faut dire que de toute façon, contre une balle ou un boulet, cela ne servait pas trop.

Avec le premier conflit mondial, les états-majors réalisent que la protection de la tête est essentielle, non pas tant pour arrêter un coup direct, mais pour protéger des éclats et des chutes de pierre générées par l’artillerie. C’est ainsi que les français vont développer le fameux casque Adrian, et les allemands le Stahlhelm si caractéristique. Et pour faire bonne mesure et éviter les chutes de casque, on va le doter d’une jugulaire solide, bien arrimée au casque sur le modèle allemand 1915, sans doute fort des expériences du siècle précédent.

Et là, rapidement, on réalisera que l’on vient de commettre une erreur qui va être fatale à plus d’un combattant. Lorsque le casque est touché par un éclat, voir par une balle qui pourrait ricocher (là, cela ne concerne que les casques allemands, bien plus résistants), l’impact envoie le casque en arrière, ainsi que la tête qui lui est solidement attachée. Aïe ! La génération suivante résoudra le problème : la jugulaire est attachée à la coiffe et non au casque. En cas d’impact violent, le casque saute, et le combattant reste avec la garniture. Ce coup là, personne ne l’a testé en reconstitution, du moins le souhaitons-nous…

Pendant la guerre du Pacifique, le casque américain est une petite merveille, mais les marines prirent l’habitude de ne pas mettre la jugulaire. Et là aussi, erreur fatale… Sur un impact frontal, le casque résiste, mais en l’absence de jugulaire, pivote sur l’arrière et vient frapper la nuque du soldat. Il en résulte un bon coup du lapin… Encore une histoire de jugulaire…

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