La cuirasse mycénienne de Dendra

Cuirasse mycénienne de DendraDans les années 60,  la reprise des fouilles dans la nécropole mycénienne, commencées dans les années 20 va permettre de mettre à jour une trouvaille extraordinaire : le plus ancien exemple de cuirasse en bronze de l’histoire…

Dendra est une ville d’Argolide dominée par l’acropole de Midéa, où un mur massif en appareil cyclopéen de plus de 1km de long, atteignant par endroit encore 6m de hauteur, indique clairement un passé mycénien. Confiées à des archéologues suédois, les fouilles de la nécropole et de ses tombes à tholos débuteront en 1926, mais cesseront avec le second conflit mondial.

L’institut suedois d’Athènes sera invité à les reprendre en 1960, et ce sera cette même année que le Professeur Paul Aström fera cette sensationnelle découverte, dans la tombe n°12 de la nécropole.

Cette tombe était relativement petite, avec un accès de 2m de long et 1.5m de large, donnant accès à une chambre funéraire de 2m par 2.5m. C’est dans celle-ci que l’équipe suédoise trouvera, non loin d’un squelette et à côté des dents d’ours vestiges d’un casque, la fameuse cuirasse. Laissons la parole au professeur Aström qui a relaté cette découverte au début des années 70.

Cuirasse in situ« Alors que nous dégagions l’autre moitié du tombeau, en partant du haut, par couches de 10 à 15cm et approchions du sol, un énorme trou noir apparut soudain. Je regardai à l’intérieur et je vis une plaque en bronze vert foncé, bombée, qu’aucun regard humain n’avait contemplée depuis des milliers d’année. En riant, je dis à mon collègue M Verdelis que nous avions trouvé une cuirasse de bronze, mais ni lui, ni moi, ne le croyions, puisque jamais aucune armure mycénienne n’avait été trouvée. »

Formée de 15 pièces de bronze reliées entre elles par des sangles de cuir, cette armure protégeait son porteur de la nuque aux genoux. Dex pièces reliées par des charnières protégeaient le torse, deux pièces les épaules, complétées par des segments triangulaires pour masquer les aisselles lorsque le bras était levé. Un gorgerin et trois paires de demi bandes destinées à l’abdomen complétaient la partie principale de la panoplie. A cela se rajoutaient des jambières, et un brassard. L’armure était sans doute doublée de cuir ou de lin. Le casque, formé de dents d’ours fixées sur un bonnet de cuir, est pour sa part d’un modèle bien connu.

Depuis cette découverte, datée de la fin du 15ème siécle avant notre ère, d’autres éléments ont été identifiés, mais cette armure reste la plus ancienne connue. Avant celle-ci, on supposait que les propos d’Homère décrivant les armures métalliques des combattants devaient résulter d’ajouts postérieurs. Maintenant, on sait qu’il n’en est rien, et que ces armures formées de deux moitiés et fabriquées à partir de plaques de métal bombées décrites par l’auteur existaient bel et bien. Les idéogrammes en linéaire figurant un corselet (tablettes de Pylos, de Cnossos…) rappellent d’ailleurs étrangement cette armure segmentée.

Les tablettes dites « à chariot » de Cnossos qui mentionnent le nom d’un homme, les cuirasses, les chariots à roues et les chevaux, formant ainsi une liste de combattants et matériels, nous donnent une indication sur ce type d’armure. Peut-être étaient-elles l’apanage des combattants montés sur ces chariots, finalement assez exposés, et non pas celles des fantassins

Gageons qu’un jour prochain un groupe de reconstitution mycénien verra le jour en Europe, pour permettre au  plus grand nombre de visualiser l’aspect de ces premiers combattants lourds de notre histoire !

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