La guerre à l’âge de pierre

La guerre est sans doute aussi vieille que l’humanité. Quand elle ne concernait que quelques individus, on s’interdisait d’employer ce terme, mieux approprié semble-t-il pour décrire des affrontements entre deux groupes plus ou moins nombreux, pour ne pas dire deux armées. Pour le reste on parlait prudemment de combats ou d’assassinats. Que dire alors de cette découverte récente (2012) faite au Kenya et qui témoigne du plus vieux massacre attesté d’une communauté humaine ?

Les faits se situent il y a 10 000 ans au Kenya, plus précisément à 30 km des rives du lac Turkana. Un groupe de chasseurs-cueilleurs est tombé entre les mains d’un autre groupe qui les a littéralement massacrés : hommes, femmes et même enfants. Au total, les archéologues et anthropologues de l’Université de Cambridge et leur collègues de Nairobi ont découverts les restes de 27 individus fossilisés (21 adultes et 6 enfants).

L’étude des squelettes a démontré qu’ils n’étaient pas décédés de mort naturelle, mais très violente. Laissés sans sépultures, beaucoup ont été retrouvé face contre terre, d’autres avaient une position qui indiquait qu’ils avaient les mains attachées. Des crânes portaient les traces de chocs brutaux, avec des pierres ou des gourdins. Une lame d’obsidienne était encore fichée dans la tête d’un homme.  Il y avait encore des traces de coups sur d’autres parties : cous, mains, genoux, côtes brisées…

Selon les anthropologues, l’humanité aurait connu ses premiers conflits après la sédentarisation des derniers nomades, quand ceux-ci commencèrent à posséder des biens, donc a priori bien longtemps après ce que révèle cette nouvelle découverte. Voilà donc qui remet en cause cette théorie. Il s’agit en effet ici d’une attaque préméditée par un groupe de voleur, peut-être venu d’une autre région, ou d’un clan rival. Leur volonté était manifestement de tuer.

La raison reste mystérieuse : s’approprier les richesses des victimes, qui faisaient peut-être toutes partie d’une famille élargie ? De l’eau, de la nourriture (des céramiques brisées ont été retrouvées), voire des femmes et des enfants ? Il n’y avait en effet aucun adolescent parmi les corps. Ont-ils été capturés et emmenés, ou se sont-ils échappés ? Mais il est aussi possible qu’il s’est agit d’un massacre pour s’approprier un territoire délimité par des corridors forestiers et à proximité des rives du lac Turkana, permettant un accès facile à l’eau potable et à la pêche ; un endroit par conséquent idéal pour des chasseurs-cueilleurs préhistoriques, et donc sans doute très convoité. Bref, la violence peut être aussi ancienne que l’altruisme qui nous a conduits à être l’une des espèces les plus coopératifs de la planète, mais aussi la plus destructrice.

Pour en savoir plus, voir l’article publié par les chercheurs dans la revue « Nature ».

 

 

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