Les mines de Doura Europos, et l’énigme des romains morts…

Vue aérienne de Doura Europos et axes d'assautAu milieu du IIIème siècle, l’empire romain est en pleine anarchie militaire. Les empereurs succèdent aux empereurs et les guerres civiles aux affrontements fratricides. C’est dans ce contexte troublé que les perses conduits par Shapur I décident d’envahir la riche province de Syrie.

Le premier obstacle sur leur chemin est la ville fortifiée de Doura Europos, au bord de l’Euphrate, à la limite de l’actuelle Syrie et de l’Irak. Cette ville commerciale fondée par les grecs séleucides était occupée par une cohorte auxiliaire de cavalarie palmyrénienne  (XX palmyrorum) et très certainement un détachement légionnaire. L’attaque aura lieu en 256/257 et se soldera par la prise de la ville.

Durant le siège, les assaillants vont utiliser la plupart des techniques à leur disposition : une rampe sera construite, toujours visible de nos jours, et de nombreuses mines auront pour objet de saper les remparts, qui résisteront toujours peu ou prou. L’une de ces attaques de sape fait toujours l’objet d’une vive controverse…

Effet de la sape sur la tour 19Les Perses entreprennent de saper les fondations d’une des tours, en construisant une galerie sous celle-ci. L’objectif est comme toujours de mettre le feu aux étais supportant le toit de la mine pour provoquer un tassement de terrain qui doit mettre la tour à bas. Alertés soit par le bruit soit par les déblais extraits du sol, les romains réalisent une contremine, qui finira par déboucher dans la galerie perse. Pour autant, les perses réussissent à mettre le feu à leur sape, mais en ne faisant qu’endommager la tour qui s’affaisse légèrement.

Guerrier sassanide de Doura EuroposPrès de 1800 ans plus tard, on retrouvera dans cette galerie effondrée 20 corps de combattants romains, tous entassés avec leurs armes et leur paie, et un officier perse. La première hypothèse évoquée pour expliquer cette situation est évidemment un combat dans les galeries qui a mal tourné pour les assiégés, permettant aux perses de mettre le feu à la sape.  Les romains auraient été entassés par les perses pour bloquer la galerie, et le corps sassanide retrouvé pourrait correspondre à un blessé, tiré par les pieds par ses camarades tentant de l’extraire du brasier. Sa position le  suggère  – la tête vers la ville romaine et les pieds vers le camp perse – tout comme le fait que sa cotte de maille soit retroussée, ce qui arrive inévitablement lorsque l’on tire le combattant. Malheureusement pour lui, ses camarades vont l’abandonner, laissant la tour s’écrouler sur son corps.

Scutum de Dura Europos, photographie Yale Art MuseumPour autant, cette explication laisse perplexe. Comment expliquer un tel nombre de romains morts dans une galerie ne permettant même pas d’avancer à plus de deux de front ? Pourquoi tous les corps romains sont-ils entassés au même endroit ?

Garnison de Dura Europos, reconstitution de F GilbertUne seconde hypothèse a donc été formulée récemment parle Professeur  S James lors d’un congrès en 2009. Les perses auraient délibérément gazé les mineurs romains, en mettant le feu à un mélange de sulfure et de bitume dans la galerie, des traces de ces produits ayant été retrouvés sur place. Le cadavre perse ne serait autre que l’artificier, victime de sa propre préparation, les romains étant quant à eux morts devant la galerie obstruée par leurs propres camarades, craignant de voir déboucher l’armée perse.

Que s’est il réellement passé, nul ne le saura sans doute jamais… Le fait est que le site a livré de nombreux artefacts militaires de première importance, comme un magnifique  scutum richement décoré, les armes et armures des vingt combattants romains, un caparaçon de cheval… et les fouilles sont toujours en cours.

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