les petits soldats de Strasbourg

Il y a de nombreuses façons de s’intéresser à l’uniformologie militaire. Certains font de la reconstitution, d’autres des figurines, d’autres enfin collectionnent les « petits soldats de Strasbourg ». Il s’agit ni plus ni moins que des représentations de soldats dessinés et peints sur du papier, et ensuite découpés soigneusement et collés sur un support de carton ou de bois, monté sur socle. C’est au XVIIIe siècle qu’apparaissent pour la première fois ces petits sujets de papier, dans la capitale alsacienne, d’où le nom que nous leur donnons toujours aujourd’hui, quelle que soit leur provenance.

Lors de la visite de Louis XV à Strasbourg, en 1744, un certain Seyfried développa le concept en éditant des planches commémorant l’événement, et en dessinant les corporations de la ville avec leur costume distinctif. Durant la Révolution, il devint courant de trouver des planches de petits soldats, comme celles du graveur Striedbeck, recommandées « pour l’instruction de la jeunesse ». On pouvait se les procurer avec tout le nécessaire pour les colorier. Les guerres de la Révolution, puis de l’Empire, amplifièrent la production, notamment grâce au dessinateur strasbourgeois Zix.

Les troupes casernées dans la ville ou de passage fournissaient quantité de modèles, que les illustrateurs s’ingéniaient à reproduire avec le maximum de détails. Encore aujourd’hui, les petits soldats de Strasbourg comptent parmi les sources principales pour appréhender les uniformes napoléoniens.

Les planches de soldats connaissent un grand succès durant tout le XIXe siècle, grâce notamment à l’invention de la lithographie. En 1850, le maire de Strasbourg collectionne jusqu’à 24 000 petits soldats. Le musée historique de la ville en conserve un très grand nombre, mais malheureusement invisible du public. Le second Empire et ses beaux uniformes donne matière à de nouvelles planches. Certains imprimeurs en tirent jusqu’à 130 000 feuilles par an.

L’engouement continue durant la Première guerre mondiale, et plus encore entre les deux guerres. Jusqu’alors, les dessins se révélaient assez naïfs, avec des personnages généralement présentés de face ou de profil, au garde-à-vous ou au pas, pour la parade. Il était ainsi facile de composer des armées entières, sagement alignées, ou marchant au défilé. Mais à présent le style change et atteint un haut degré artistique. Après la Deuxième guerre, le nombre des collectionneurs et des peintres diminue, mais ils existent heureusement toujours.

Un blog leur est consacré :

http://petitssoldatsdestrasbourg.blogspot.fr/

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