Traiter une blessure par balle en 1815…

Préparation du patientLa reconstitution britannique est bien connue pour aborder avec brio très librement de nombreux sujets qui peuvent nous paraître sensibles.  Les reconstituteurs du 33ème régiment d’infanterie anglais, qui évoquent celui-ci à la fin des guerres du Premier Empire, ont choisi de réaliser en 2011 une impressionnante vidéo.

Elle est consacrée au périple du caporal Eeles, blessé par balle au genou lors de la bataille de Waterloo, et traité en arrière des lignes, à Mont St Jean. Si le cas de notre homme est loin d’être rare, il faut replacer ce type d’intervention dans son contexte…La principale cause de mortalité durant les conflits napoléoniens n’est pas les blessures au combat, mais bien les maladies infectieuses, et plus particulièrement la dysentrie. Les statistiques des hôpitaux de campagne nous montrent que sur toute la campagne de la péninsule ibérique, seulement un décès sur cinq est du à des blessures de combat.

Balle en plombCe chiffre ne prend toutefois pas en compte le nombre de combattants mourant sur le champ de bataille lui-même. Dans tous les camps, le service de santé reste embryonnaire, et les blessés ne pouvant se diriger vers l’arrière par leurs propres moyens sont bien souvent livrés à eux-mêmes jusqu’à la fin des combats.

Fémur touché par une balleLes blessures par balles sont nombreuses, même si là aussi il faut relativiser. Les armes sont devenues plus performantes, avec les Charleville et Brow Bess, mais le pouvoir de pénétration reste limité par rapport à celui des projectiles de la seconde moitié du siècle, avec une portée efficace finalement assez limitée.

Si le blessé a été touché dans une partie molle, le chirurgien se contentera d’extraire la balle – qui dans bien des cas est ressortie – en prenant garde à bien enlever de la plaie touts les morceaux de vêtements, qui sont autant de causes d’infection. Un impact à l’abdomen ou au thorax sera malheureusement le plus souvent mortel en l’absence de tout traitement antibiotique, dès lors que les organes internes sont touchés.

Sondage de la plaieSi ces lourds projectiles en plomb, sphériques, perdent rapidement de la vitesse, ils s’écrasent à l’impact, générant paradoxalement des blessures plus importantes qu’on ne l’imagine, tout spécialement lorsque ‘ils touchent les os. Ceux-ci éclatent en général en plusieurs morceaux, à l’image du fémur ci-dessus, rendant utopique toute consolidation ultérieure.

Le premier travail du chirurgien, après avoir retiré la balle, sera donc de sonder la plaie pour juger de l’état de l’os. Ci celui-ci lui semble trop fracturé, une seule issue est envisageable, l’amputation.

L’opération est réalisée sans anesthésie, le blessé étant fermement maintenu par plusieurs infirmier, en position verticale. La rapidité est essentielle, le patient ne pouvant endurer très longtemps le stress opératoire. Un tourniquet est appliqué sur le membre pour éviter Amputation à lambeaux circulairestoute hémorragie, puis le chirurgien va découper la peau et les muscles en plusieurs mouvements circulaire, en formant une sorte de cône inversé remontant vers le haut du membre. Un écarteur spécifique permet de remonter les chairs au fur et à mesure. Lorsque l’os est dégagé, il sera découpé à la scie. Après ligature des veines et artères principales, les chairs sont refermées sur l’os – d’où la nécessité de cette découpe conique.

L’opération dure en tout moins d’un vingtaine de minutes, et le taux de mortalité est compris entre un cinquième et un tiers des personnes opérées. Larrey, chirurgien chef de la Grande Armée, pouvait amputer au niveau de la cuisse en moins de cinq minutes, et un bras en moins d’une minute…

Désarticulation de l'épauleLorsque l’impact se situe près de l’articulation supérieure du membre, la situation est bien plus complexe, car il faut alors désarticuler le patient. Le taux de mortalité est nettement plus élevé dans ce cas, on l’imagine bien volontiers. Pour autant, le patient n’est pas tiré d’affaire lorsqu’il survit à l’opération. Le risque infectieux est réel, les liens utilisés pour la ligature des artères étant autant de foyers potentiels… Les chances de survie sont de l’ordre de 50%.

En tout cas, nous vous recommandons la vidéo de nos amis du 33rd foot, particulièrement spectaculaire et bien réalisée : http://www.youtube.com/watch?v=ctKKpBTWwwo

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